Canción para olvidar Dachau
Nadie despertará esta noche a los que duermen
No habrá que correr con los pies desnudos en la nieve
No se deberán poner los puños sobre las caderas hasta la mañana
Ni marcar el paso con la rodilla plegada ante un gimnasiarca demente
Las mujeres de ochenta y tres años las enfermas del corazón esas que precisamente
Tienen fiebre o dolores articulares o
No sé bien qué las tuberculosas
No escucharán los pasos que se acercan en la sombra
Viendo cómo sus dedos se desvanecen en humo
Nadie despertará esta noche a los que duermen
Tu cuerpo ya no es el perro que ronda y recoge
en la basura lo que le pueda haber de comer
Tu cuerpo ya no es el perro que salta bajo el látigo
Tu cuerpo ya no es esta deriva en las aguas de Europa
Tu cuerpo ya no es esta parálisis este resentimiento
Tu cuerpo ya no es la promiscuidad de los demás
Ya no es su propio hedor
Hombre o mujer tú duermes con sábanas limpias
Tu cuerpo
Cuando cierras los ojos cuáles son las imágenes
Que se repiten al fondo de su oscuro envoltorio
Qué caza está empezada y qué monstruo marino
Huye ante los arpones de un recuerdo salvaje
Cuando cierras tus ojos ves, vemos de nuevo
Morir habría sido tan dulce en ese mismo instante
En que el espanto o el equilibrio es estrategia
El cadáver de pie en la sombra del vagón
Cuando cierras tus ojos qué insecto los roe
Cuando cierras tus ojos los lobos aguardan
Cuando cierras tus ojos igual que los sepulcros
Sobre los muertos sin sudario en ausencia de sueños
Tus ojos
Hombre o mujer regresa del infierno
Familiar de otros crepúsculos
El sabor del azufre en los labios estropeando el pan fresco
Los reflejos impropios en la quietud bucólica de la vida
Comparando todo sin querer con la tortura
Desacostumbrados a todo
Hombres y mujeres inexpertos en el rostro de felicidad sobrevenida
Las manos tímidas de niños
El corazón asombrado de latir
Sus ojos
Tras sus ojos sin embargo esta historia
Esta conciencia del abismo
Y el abismo
Donde basta una vez que el hombre caiga
Hay en este mundo nuevo tanta gente
Para los que jamás será ya natural la dulzura
Hay en este mundo antiguo tanta y tanta gente
Para los que tanta dulzura es ahora extraña
Hay en este mundo antiguo y nuevo tanta gente
Que sus propios hijos no podrán comprender
Oh vosotros que pasáis
No despertad esta noche a los que duermen
Nul ne réveillera cette nuit les dormeurs
Il n'y aura pas à courir les pieds nus dans la neige
Il ne faudra pas se tenir les poings sur les hanches jusqu'au matin
Ni marquer le pas le genou plié devant un gymnasiarque dément
Les femmes de quatre-vingt-trois ans les cardiaques ceux qui justement
Ont la fièvre ou des douleurs articulaires ou
Je ne sais pas moi les tuberculeux
N'écouteront pas les pas dans l'ombre qui s'approchent
Regardant leurs doigts déjà qui s'en vont en fumée
Nul ne réveillera cette nuit les dormeurs
Ton corps n'est plus le chien qui rôde et qui ramasse
Dans l'ordure ce qui peut lui faire un repas
Ton corps n'est plus le chien qui saute sous le fouet
Ton corps n'est plus cette dérive aux eaux d'Europe
Ton corps n'est plus cette stagnation cette rancoeur
Ton corps n'est plus la promiscuité des autre
N'est plus sa propre puanteur
Homme ou femme tu dors dans des linges lavés
Ton corps
Quand tes yeux sont fermés quelles sont les images
Qui repassent au fond de leur obscur écrin
Quelle chasse est ouverte et quel monstre marin
Fuit devant les harpons d'un souvenir sauvage
Quand tes yeux sont fermés revois-tu revoit-on
Mourir aurait été si doux à l'instant même
Dans l'épouvante où l'équilibre est stratagème
Le cadavre debout dans l'ombre du wagon
Quand tes yeux sont fermés quel charançon les ronge
Quand tes yeux sont fermés les loups font-ils le beau
Quand tes yeux sont fermés ainsi que des tombeaux
Sur des morts sans suaire en l'absence des songes
Tes yeux
Homme ou femme retour d'enfer
Familiers d'autres crépuscules
Le goût de soufre aux lèvres gâtant le pain frais
Les réflexes démesurés à la quiétude villageoise de la vie
Comparant tout sans le vouloir à la torture
Déshabitués de tout
Hommes et femmes inhabiles à ce semblant de bonheur revenu
Les mains timides d'enfants
Le cœur étonné de battre
Leurs yeux
Derrière leurs yeux pourtant cette histoire
Cette conscience de l'abîme
Et l'abîme
Où c'est trop d'une fois pour l'homme être tombé
Il y a dans ce monde nouveau tant de gens
Pour qui plus jamais ne sera naturelle la douceur
Il y a dans ce monde ancien, tant et tant de gens
Pour qui tant de douceur est désormais étrange
Il y a dans ce monde ancien et nouveau tant de gens
Que leurs propres enfants ne pourront pas comprendre
Oh vous qui passez
Ne réveillez pas cette nuit les dormeurs